L’accès au premier emploi TI est la transition entre une formation et un poste permettant d’acquérir de l’expérience professionnelle en technologies de l’information. Il se distingue du besoin de spécialistes déjà capables d’assumer des responsabilités avec peu d’encadrement.

Une pénurie de candidats répondant aux exigences d’un poste et un nombre élevé de débutants en recherche d’emploi peuvent donc coexister. L’offre et la demande ne portent pas sur les mêmes compétences immédiatement utilisables.

Une formation et une expérience ne remplissent pas la même fonction

La formation établit des connaissances et des capacités. L’expérience documente leur utilisation dans des situations de travail. Lorsque l’employeur exige plusieurs années d’expérience, augmenter le nombre de diplômés n’augmente pas immédiatement le nombre de candidats qui répondent à cette exigence.

Prenons dix postes exigeant cinq ans d’expérience et vingt candidats nouvellement diplômés. Le rapport de deux candidats par poste ne démontre pas que les besoins sont comblés. Il faut soit des candidats expérimentés, soit des postes et un encadrement permettant aux débutants d’acquérir les compétences attendues.

Cette distinction sépare deux objets des politiques publiques. Un programme de requalification agit sur la préparation des candidats. L’accès à une première expérience dépend aussi de ce que les employeurs acceptent de confier et d’enseigner aux recrues.

Le PRATIC annoncé en mai 2021 prévoyait 39,6 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la formation de 2 500 personnes. Ces nombres désignent une enveloppe et une cible annoncées. Ils ne constituent pas un résultat d’insertion professionnelle.

Les diagnostics par profession masquent des différences à l’entrée

Dans les éditions 2024 et 2026 de l’État d’équilibre du marché du travail au Québec, les spécialistes en informatique et les développeurs et programmeurs de logiciels figurent au tableau des professions en déficit ou en léger déficit. Ce classement n’indique pas que tous les candidats trouvent un poste, ni que tous les postes ont les mêmes exigences.

Au Canada, entre le quatrième trimestre de 2022 et le troisième trimestre de 2025, les postes vacants dans les professions à forte intensité de programmation ont diminué d’environ 60 % pour les postes exigeant trois ans d’expérience ou moins, contre 30 % pour les autres. L’écart porte sur l’expérience demandée, sans mesurer directement l’âge des candidats ni les embauches réalisées.

Au Québec, l’enquête Relance à l’université indique un taux de chômage de 4,9 % en 2025 chez les bacheliers en sciences de l’informatique de la promotion 2023, contre 2,8 % dans l’enquête de 2023. Les taux de réponse diffèrent entre les enquêtes; ce résultat décrit les cohortes étudiées, sans expliquer à lui seul leur évolution.

La difficulté d’entrée n’identifie pas sa cause

Le recul canadien des postes vacants suit l’expansion rapide de 2021-2022. Les résultats ne départagent pas une substitution de tâches par l’IA et une correction des besoins d’embauche après cette expansion.

La distinction entre débutants et spécialistes reste utile quelle que soit cette cause. Évaluer une transition vers les métiers TI demande de suivre séparément les personnes formées, leur accès à un emploi lié à la formation et l’expérience qu’elles y acquièrent. Un diagnostic de pénurie ne remplace aucune de ces mesures.

Questions fréquentes

Une pénurie TI garantit-elle un emploi aux nouveaux diplômés?

Non. Un besoin de personnel expérimenté ne constitue pas une offre de début de carrière. La correspondance dépend des tâches, de l’expérience exigée, du lieu et des conditions du poste.

Former davantage de personnes suffit-il à combler les besoins?

Non. La formation augmente les compétences disponibles. L’accès aux postes et l’acquisition de l’expérience nécessaire dépendent aussi des critères de recrutement et de l’organisation du travail.

Les chiffres canadiens sur les postes juniors décrivent-ils le Québec?

Ils décrivent le Canada dans son ensemble. Le recul des postes vacants exigeant peu d’expérience ne donne pas, à lui seul, la situation d’une région ou d’un programme de formation québécois.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Emplois prioritaires au Québec - Le ministre Jean Boulet annonce un investissement de près de 40 M$ pour soutenir la requalification dans le secteur des technologies de l'information.
  2. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — État d’équilibre du marché du travail à court et moyen termes — Diagnostics pour 516 professions, édition 2024.
  3. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — État d’équilibre du marché du travail à court et moyen termes — Diagnostics pour 516 professions, édition 2026.
  4. Ministère de l’Enseignement supérieur (Québec) — La relance à l’université 2025 – La situation d’emploi de personnes diplômées (enquêtes de 2021, 2023 et 2025).
  5. Statistics Canada — Canadian employment trends in the era of generative artificial intelligence: Early evidence (Mehdi et Frenette, 36-28-0001, 28 janvier 2026).