La productivité du travail rapporte une production réelle aux heures travaillées pour l’obtenir. Le temps gagné sur une tâche mesure l’accélération de cette tâche, sans établir le résultat pour l’ensemble du service.

Dans les statistiques provinciales, la productivité correspond au produit intérieur brut réel par heure travaillée. Dans l’analyse d’un processus, compter des dossiers traités par heure fournit un indicateur opérationnel différent, dont le sens dépend de la comparabilité des dossiers et de leur qualité.

Le gain net inclut les tâches ajoutées

Prenons un service qui consacre dix heures à préparer 100 réponses et deux heures à les vérifier. Le travail total atteint douze heures. Avec l’IA, la préparation prend quatre heures, mais la vérification en demande cinq. Le total tombe à neuf heures.

La préparation a gagné six heures. Le service complet en a gagné trois, soit une réduction de 25 % du temps consacré aux mêmes 100 réponses. À qualité et complexité constantes, le nombre de réponses par heure passe d’environ 8,3 à 11,1, une hausse d’environ 33 %. Une baisse du temps et une hausse de la production par heure utilisent des dénominateurs différents.

La vérification ne constitue pas une dépense extérieure au processus lorsqu’elle est nécessaire pour rendre le résultat utilisable. Le même raisonnement s’applique à la correction des erreurs et au traitement des cas que l’automatisation ne termine pas.

Libérer du temps ne fixe pas son utilisation

Une organisation peut consacrer le temps libéré à davantage de demandes, à des suivis plus approfondis ou à d’autres tâches. Elle peut aussi réduire les heures nécessaires au service. Ces choix produisent des résultats différents en volume, en qualité et en effectifs.

Dans le portrait public québécois de 2025, la Commission des transports du Québec envisage que son agent virtuel réponde aux questions simples et laisse les cas complexes aux préposés. L’Université Laval présente pour sa part l’automatisation de tâches redondantes comme un moyen de libérer du temps pour les suivis personnalisés des agents de secrétariat.

Ces descriptions donnent des usages attendus du temps. Même lorsque les systèmes sont déclarés en production, elles ne mesurent pas les heures effectivement libérées ni les changements d’effectifs. Confier les cas simples à un outil peut également changer la complexité moyenne des demandes restantes; comparer seulement leur nombre devient alors insuffisant.

Les indicateurs d’adoption ne mesurent pas la productivité

Au deuxième trimestre de 2025, 37,7 % des entreprises québécoises utilisatrices de l’IA déclaraient une réduction modérée ou importante des tâches auparavant effectuées par leur personnel. Ce pourcentage compte des entreprises déclarantes. Il ne représente ni une économie moyenne de 37,7 % du temps ni une hausse équivalente de productivité.

Le déploiement ajoute aussi du travail de formation, de surveillance et de reprise manuelle, prévu dans le guide québécois sur l’IA agentique de 2026. Pour mesurer le gain net, la période choisie doit préciser si elle inclut cette transition ou seulement l’exploitation stabilisée.

Le résultat dépend donc du périmètre, de la qualité retenue et des heures comptées. Un gain local documenté peut contribuer à la productivité; il ne donne pas directement la croissance d’un secteur, la rémunération du personnel ou les économies réalisées par l’organisation.

Questions fréquentes

Une tâche deux fois plus rapide double-t-elle la productivité?

Non. Le gain sur une étape dépend de sa place dans le travail total et du temps consacré aux autres étapes. Si la tâche accélérée ne représente qu’une petite partie du processus, le gain d’ensemble est plus faible.

Le temps consacré à vérifier les réponses de l’IA compte-t-il comme du travail?

Oui. La vérification nécessaire à la réalisation du service fait partie du travail total. L’exclure du calcul surestime le temps net économisé.

Un gain de productivité entraîne-t-il automatiquement une hausse des salaires?

Non. La productivité mesure un rapport entre production et heures travaillées. Elle ne détermine pas à elle seule la répartition des gains entre rémunération, prix, marge et amélioration du service.

Sources

  1. Gouvernement du Québec — ministère de la Cybersécurité et du Numérique (Données Québec) — Portrait_public_utilisations_IA_gouvernement_Quebec_2025.csv (jeu de données « Portrait public des utilisations de l’IA dans l’administration publique québécoise »).
  2. Institut de la statistique du Québec — Adoption et utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Québec en 2024 et en 2025. Portrait exploratoire (P. Nikuze, 28 novembre 2025).
  3. Ministère de la Cybersécurité et du Numérique (Direction du centre d’expertise en intelligence artificielle) — Guide sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle agentique.
  4. Statistique Canada — La mesure de la productivité du travail à Statistique Canada (Les nouveautés en matière de comptes économiques canadiens, 13-605-X, version archivée du 5 juin 2024).
  5. Statistique Canada — Le Quotidien — Heures travaillées et productivité du travail dans les provinces et territoires, 2011 à 2024 (données mises à jour) et 2025 (données provisoires).