L’ajustement par l’embauche consiste à modifier le nombre de personnes recrutées pour adapter les effectifs aux besoins de l’organisation. Il agit sur les entrées en emploi, tandis qu’un licenciement met fin à un emploi occupé.

L’intelligence artificielle (IA) intervient dans ce mécanisme lorsqu’un employeur utilise l’automatisation pour absorber du travail qui aurait autrement motivé une embauche. Le changement se mesure alors par rapport aux recrutements qui auraient eu lieu sans cette décision. Le seul nombre de personnes encore en poste ne donne pas cette comparaison.

Des effectifs stables, des recrutements différents

À périmètre constant, les effectifs à la fin d’une période correspondent aux effectifs du début, auxquels s’ajoutent les embauches et dont se soustraient les départs. Un même effectif final peut donc résulter de mouvements différents.

Prenons une entreprise de 100 personnes qui prévoit cinq départs et quinze embauches pour répondre à une hausse de la demande. Son effectif prévu atteint 110 personnes. Après avoir automatisé une partie du travail, elle ramène les embauches à cinq et son effectif reste à 100 personnes. Aucun salarié n’est licencié. Dix embauches prévues sont abandonnées.

Cet écart de dix personnes compare le résultat au plan initial. Ce n’est pas une baisse de dix personnes dans les effectifs observés. Pour mesurer l’effet causal de l’IA dans une entreprise réelle, il faudrait aussi établir que les embauches prévues auraient eu lieu sans l’automatisation.

Le non-remplacement des départs produit un autre résultat. Avec cinq départs et aucune embauche, la même entreprise passe de 100 à 95 personnes sans licenciement. Cette réduction par attrition se distingue du maintien des effectifs obtenu en remplaçant les départs tout en abandonnant des postes supplémentaires.

Automatisation des tâches et possibilités d’embauche

Au deuxième trimestre de 2025, 89,4 % des entreprises canadiennes utilisatrices de l’IA ne déclaraient aucun changement de leur niveau d’emploi après sa mise en œuvre. Ce résultat décrit les effectifs déclarés, sans établir combien de personnes ces entreprises auraient recrutées en l’absence d’IA.

Au Québec, au même trimestre, 37,7 % des entreprises utilisatrices déclaraient que l’IA avait réduit, dans une mesure modérée ou importante, les tâches auparavant effectuées par leur personnel. Ce pourcentage compte des entreprises. Il ne mesure pas la proportion des tâches supprimées ni les heures économisées.

Les deux résultats portent sur des territoires et des questions différents. Ils ne démontrent pas que les mêmes entreprises ont automatisé des tâches tout en conservant leurs effectifs. Ils distinguent deux objets à mesurer : le travail confié au personnel et le nombre de personnes employées.

Le recrutement présente un autre changement. Au Canada, entre le quatrième trimestre de 2022 et le troisième trimestre de 2025, les postes vacants dans les professions à forte intensité de programmation ont diminué d’environ 60 % lorsqu’ils exigeaient trois ans d’expérience ou moins, contre environ 30 % lorsqu’ils en exigeaient davantage. L’exigence d’expérience décrit le poste offert, pas l’âge des candidats.

Le recul touchait aussi les autres professions : environ 45 % pour les postes exigeant trois ans d’expérience ou moins, contre 20 % pour les postes plus exigeants. La contraction des possibilités d’entrée dépasse donc les métiers de la programmation. La période de comparaison suit en outre l’expansion rapide des postes vacants de 2021-2022. Le recul observé ne départage pas l’automatisation et la correction de cette expansion.

Dans des estimations canadiennes publiées en août 2026, la hausse du risque de chômage depuis la période 2015-2019 dans les professions les plus exposées à l’IA se manifeste surtout par des difficultés à retrouver un emploi, plutôt que par des mises à pied ou des démissions plus fréquentes. L’exposition d’une profession à l’IA ne mesure toutefois pas l’utilisation effective de l’IA par chaque employeur. Ces estimations signalent un changement dans l’accès à l’emploi; elles n’en attribuent pas toute la cause à l’IA et ne l’isolent pas pour le Québec.

Les avis de licenciement ne recensent pas les embauches abandonnées

Le décompte des 24 listes mensuelles québécoises d’avis de licenciements collectifs reçus de septembre 2024 à août 2026 donne six avis portant la raison « Technologique », sur 895 avis. Ces six avis visent 213 salariés. Il s’agit d’un calcul à partir des listes publiées, et non d’un total statistique publié séparément par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

La mention « Technologique » ne distingue pas l’IA des autres technologies. Les avis indiquent des licenciements annoncés; les listes mensuelles ne sont pas corrigées lorsque des modifications aux avis arrivent après leur publication. Le décompte ne donne donc pas un total de licenciements effectivement réalisés et causés par l’IA.

Un poste supplémentaire auquel l’employeur renonce n’engendre aucun avis de licenciement : personne ne l’occupait. Pour observer ce changement, il faut suivre les projets de recrutement, les postes vacants et les embauches réalisées. Pour l’attribuer à l’IA, il faut ensuite distinguer l’effet de l’automatisation de celui de la demande et du cycle d’embauche.

Questions fréquentes

L’absence de licenciements signifie-t-elle que l’IA ne change rien à l’emploi?

Non. Une entreprise peut renoncer à des embauches supplémentaires prévues ou ne pas remplacer des départs. Le premier mécanisme réduit la croissance prévue des effectifs; le second réduit les effectifs sans licenciement. L’existence de ces mécanismes ne prouve pas que l’IA explique chaque décision de recrutement.

Si les effectifs restent stables, comment l’embauche peut-elle diminuer?

Les effectifs restent stables lorsque les embauches compensent les départs. Une entreprise de 100 personnes qui remplace cinq départs reste à 100, même si elle prévoyait initialement quinze embauches pour atteindre 110 personnes. Les dix embauches abandonnées se mesurent par rapport au plan initial.

Le chiffre de 37,7 % signifie-t-il que l’IA a supprimé 37,7 % des tâches au Québec?

Non. Au deuxième trimestre de 2025, 37,7 % des entreprises québécoises utilisatrices de l’IA déclaraient une réduction modérée ou importante des tâches auparavant effectuées par leur personnel. Ce pourcentage porte sur les entreprises utilisatrices, pas sur le nombre de tâches, d’heures ou d’emplois supprimés.

L’IA explique-t-elle le recul des postes de début de carrière en informatique?

La part attribuable à l’IA reste indéterminée dans les résultats canadiens couvrant la période du quatrième trimestre de 2022 au troisième trimestre de 2025. Les postes vacants exigeant peu d’expérience ont davantage reculé, mais la correction suivant l’expansion de 2021-2022 constitue aussi une explication. Ces résultats ne mesurent pas un effet propre au Québec.

Sources

  1. Bank of Canada (Dany Brouillette, Tatjana Dahlhaus, Gabriela Galassi; views of the authors) — Early signs of AI-driven adjustments in Canada’s labour market (Sparks at Bank article, August 2026).
  2. Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) — Licenciement collectif.
  3. Institut de la statistique du Québec — Adoption et utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Québec en 2024 et en 2025. Portrait exploratoire (P. Nikuze, 28 novembre 2025).
  4. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — septembre 2024.
  5. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — octobre 2024.
  6. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — novembre 2024.
  7. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — décembre 2024.
  8. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — janvier 2025.
  9. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — février 2025.
  10. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — mars 2025.
  11. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — avril 2025.
  12. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — mai 2025.
  13. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — juin 2025.
  14. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — juillet 2025.
  15. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — août 2025.
  16. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — septembre 2025.
  17. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — octobre 2025.
  18. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — novembre 2025.
  19. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — décembre 2025.
  20. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — janvier 2026.
  21. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs — février 2026.
  22. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — mars 2026.
  23. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — avril 2026.
  24. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — mai 2026.
  25. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — juin 2026.
  26. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — juillet 2026.
  27. Gouvernement du Québec, ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — Liste mensuelle des avis de licenciements collectifs reçus au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale — août 2026.
  28. Statistics Canada — Canadian employment trends in the era of generative artificial intelligence: Early evidence (Mehdi et Frenette, 36-28-0001, 28 janvier 2026).
  29. Statistique Canada — Analyse de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Canada, deuxième trimestre de 2025 (11-621-M).