L’IA fantôme désigne ici l’utilisation professionnelle de systèmes d’intelligence artificielle qui échappe à la connaissance ou à l’encadrement de l’organisation. Elle se distingue de l’initiative personnelle, qui décrit le choix d’un employé sans préciser si son usage est autorisé ou connu.

Trois questions séparent les situations : qui a décidé d’utiliser le système, quelles règles permettent cet usage et qui dans l’organisation en connaît l’existence. Confondre ces questions transforme un indicateur d’autonomie en indicateur de désobéissance.

Initiative, autorisation et visibilité

Un employé qui prépare un texte avec un outil approuvé agit de sa propre initiative si personne ne lui a demandé d’utiliser l’IA. Son usage reste autorisé lorsque la tâche et les données respectent le cadre établi. Il peut toutefois manquer à un inventaire si l’organisation ne recense que les projets commandés par la direction.

À l’inverse, un usage déclaré demeure non autorisé si la règle applicable l’interdit. La visibilité permet d’examiner la situation; elle ne vaut pas permission. Une politique connue et une politique respectée sont également deux résultats différents.

Dans le sondage de juin 2025 auprès des membres du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), 82,7 % des répondants ayant utilisé l’IA au travail durant le dernier mois disaient le faire de leur propre chef. Ce résultat mesure l’initiative parmi les utilisateurs répondants. Avec un taux de réponse de 2,5 %, il ne représente ni tous les membres ni l’ensemble de la fonction publique.

Des commentaires libres du même sondage décrivent aussi des usages sans approbation patronale, notamment sur un cellulaire personnel. Ces témoignages documentent un contournement dans les situations racontées; ils n’en donnent pas la fréquence.

Une règle inconnue ne prouve pas une interdiction contournée

Ne pas connaître la position de son employeur et savoir que son employeur interdit un usage conduisent à des diagnostics différents. Le premier résultat signale une incertitude du répondant. Le second décrit sa connaissance d’une interdiction, sans établir s’il la respecte.

Cette distinction importe dans NETendances 2025, qui sépare autorisation, interdiction, absence de position officielle et position inconnue. Le document présente toutefois des bases et des chiffres divergents pour certaines catégories. Ses résultats ne constituent pas un taux québécois d’usage non autorisé.

L’obligation annuelle de déclaration des initiatives d’IA des organismes publics visés par l’arrêté du 28 février 2024 organise une remontée institutionnelle de l’information. Elle ne prouve pas que chaque usage individuel a été repéré avant la déclaration. Un inventaire dépend aussi des moyens par lesquels l’organisation découvre ce que son personnel utilise.

Le risque dépend aussi des gestes accomplis

Un contournement intentionnel n’est pas toujours malveillant. Copier des renseignements dans un répertoire trop largement accessible pour accélérer le travail crée un risque, même lorsque l’employé cherche à rendre service. Cette situation se distingue de l’erreur involontaire et de l’exfiltration malveillante.

Qualifier un usage d’IA exige donc de décrire la tâche, les données et les accès, en plus de son autorisation. L’initiative explique comment l’usage commence; la visibilité permet de le connaître; l’encadrement détermine les conditions dans lesquelles il est acceptable.

Questions fréquentes

Utiliser l’IA de sa propre initiative, est-ce l’utiliser sans autorisation?

Non. Un employé peut choisir lui-même un outil et une tâche dans un cadre déjà autorisé. L’initiative désigne l’origine de la décision; l’autorisation désigne sa conformité aux règles applicables.

Un usage connu de la direction est-il automatiquement autorisé?

Non. La connaissance d’un usage permet de l’examiner, mais ne remplace pas son autorisation. Un usage déclaré peut rester interdit en raison des données traitées ou de la tâche visée.

Le sondage SPGQ mesure-t-il la proportion de fonctionnaires qui contournent les règles?

Non. Le chiffre de 82,7 % porte sur les répondants utilisateurs qui agissent de leur propre initiative. Il ne mesure pas une infraction aux règles et provient d’un sondage dont le taux de réponse était de 2,5 %.

Sources

  1. Commissariat à la protection de la vie privée du Canada — Conclusions en vertu de la LPRPDE no 2020-005 : Enquête sur la conformité à la LPRPDE de Desjardins suite à l’atteinte aux mesures de sécurité des renseignements personnels entre 2017 et 2019.
  2. Éditeur officiel du Québec (Publications du Québec) — Arrêté numéro 2024-01 du ministre de la Cybersécurité et du Numérique en date du 28 février 2024 concernant des exigences en matière de ressources informationnelles au regard de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les organismes publics (Gazette officielle du Québec, Partie 2, 13 mars 2024, no 11, p. 1355-1356).
  3. Ministère de la Cybersécurité et du Numérique (Gouvernement du Québec) — Portrait des utilisations de l’intelligence artificielle dans l’administration publique.
  4. Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — ANALYSE — Résultats du sondage sur l’utilisation de l’IA par les membres du SPGQ (automne 2025).
  5. Académie de la transformation numérique, Université Laval — NETendances 2025 — Intelligence artificielle générative.