La dépendance à un intégrateur est la difficulté de poursuivre ou de reprendre un projet informatique sans les services de ce fournisseur. Elle se distingue de la concentration du marché, qui décrit la répartition des contrats entre les fournisseurs.
Un marché peut compter de nombreuses entreprises alors qu’un organisme dispose de peu de possibilités de remplacement immédiatement utilisables pour un projet donné. La première mesure concerne l’ensemble du marché; la seconde concerne une relation contractuelle déjà engagée.
La concurrence change après l’attribution
Avant l’attribution, les fournisseurs proposent des façons de réaliser le travail. Après le début de l’intégration, le remplacement doit aussi reprendre les configurations, comprendre les décisions déjà prises et assurer la continuité du projet. Ces travaux constituent des coûts de changement.
Prenons deux offres à un million de dollars pour terminer un projet. Si la seconde exige en plus 300 000 dollars de reprise et de transfert des connaissances, leur coût de réalisation n’est pas identique. L’écart existe même lorsque les deux fournisseurs sont compétents et que leurs prix pour le travail restant sont égaux.
La dépendance ne suppose donc ni monopole ni faute. Elle décrit le coût et la difficulté d’une solution de rechange. Un nouvel appel d’offres ouvre une possibilité de remplacement; il ne prouve pas que la reprise a réussi.
Les chiffres de marché ne décrivent pas chaque projet
La veille de l’Autorité des marchés publics publiée en mai 2026 recense 5 809 fournisseurs distincts ayant remporté au moins un contrat ou un lot TI de plus de 25 000 dollars entre 2010-2011 et 2024-2025. La part cumulée des quatre principaux fournisseurs, appelée CR4, atteint 20,4 % sur cette période.
Ces chiffres agrègent quinze années, plusieurs acheteurs et différents types de services. Ils ne donnent pas le nombre de concurrents capables de remplacer l’intégrateur d’un système précis. Les difficultés à identifier les fournisseurs et à retracer les avenants dans les données du Système électronique d’appel d’offres limitent aussi leur interprétation.
Le remplacement doit être évalué dans le projet
À l’Université McGill, après la résiliation du contrat de l’intégrateur du projet R2R en avril 2018, trois contrats de gré à gré totalisant 15,4 millions de dollars ont été accordés au second soumissionnaire de l’appel d’offres de 2016. L’audit de juin 2021 décrit cette reprise dans un projet dont le budget avait atteint 46,9 millions, contre 8 millions initialement autorisés.
Le cas établit qu’un remplacement était possible et qu’il s’inscrivait dans une reprise importante du projet. Il ne permet pas d’imputer l’ensemble du dépassement au changement d’intégrateur ni de conclure à l’irrégularité des contrats de gré à gré.
En 2024, la SAAQ a aussi lancé deux appels d’offres avec l’objectif de sortir de sa dépendance au contrat de l’Alliance. L’objectif annoncé doit rester distinct du résultat obtenu. La capacité de remplacement se vérifie dans les connaissances transférées, les responsabilités reprises et la continuité du service, pas seulement dans le nombre de contrats mis en concurrence.
Questions fréquentes
Un appel d’offres concurrentiel protège-t-il contre la dépendance au fournisseur?
Non. Il organise la concurrence pour obtenir le contrat. La possibilité de changer ensuite dépend aussi des connaissances, des travaux et des moyens nécessaires pour reprendre le projet.
Le nombre de fournisseurs indique-t-il combien peuvent reprendre un projet?
Non. Un décompte de marché regroupe des entreprises actives dans des segments et à des dates différents. La reprise d’un projet exige des capacités adaptées à ce projet précis.
Changer d’intégrateur prouve-t-il que le premier a commis une faute?
Non. Un remplacement décrit une décision contractuelle. Les responsabilités et les causes d’un problème demandent une analyse distincte des obligations, des faits et de la conduite des parties.
Sources
- Autorité des marchés publics — Veille sur les pratiques de réalisation et la performance des projets numériques publics du gouvernement du Québec (mai 2026).
- Commission d'enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la SAAQ (commissaire Denis Gallant) — Commission d'enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l'assurance automobile du Québec - Sommaire (février 2026).
- Vérificateur général du Québec — Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2021-2022, juin 2021, chapitre 5 : Projets en technologies de l’information des universités (Université de Sherbrooke, Université McGill).



