La centralisation des technologies de l’information (TI) regroupe des responsabilités, des équipes ou des actifs sous une même autorité. L’internalisation transfère du travail à du personnel de l’organisation; le développement de l’expertise renforce sa capacité à accomplir et à évaluer ce travail.

Ces trois changements peuvent accompagner une même réforme. Aucun ne se déduit automatiquement des deux autres.

Le rattachement administratif ne mesure pas la capacité technique

Prenons deux organismes qui emploient chacun 50 spécialistes internes et utilisent chacun 20 consultants. Les regrouper produit une unité de 100 spécialistes internes et de 40 consultants. Le nouveau nom de l’unité ne change ni cette répartition ni les compétences disponibles.

Le regroupement peut servir à partager l’expertise et à coordonner les pratiques. Son résultat technique dépend toutefois des fonctions effectivement réunies et du pouvoir de les exercer. Détenir des spécialistes ne suffit pas à imposer une correction à un projet lorsque la décision relève d’une autre autorité.

En février 2026, la commission Gallant constatait que l’intervention du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) dans la gouvernance des projets dépendait largement de la collaboration des ministères et organismes. Elle relevait aussi le caractère non contraignant des avis du Centre québécois d’excellence numérique. Ce constat porte sur l’influence institutionnelle du ministère, distincte du nombre de personnes qu’il emploie.

L’expertise interne est un objectif à vérifier

Le développement d’une expertise interne figurait déjà dans la mission légale du Centre de services partagés du Québec, dans le texte modifié de sa loi. L’article 4 de la loi du MCN prévoit à son tour la concentration et le développement d’une expertise interne en infrastructures technologiques communes. L’inscription d’un objectif dans une mission ne mesure pas sa réalisation.

Dans la présentation gouvernementale mise à jour le 7 avril 2026, le regroupement des expertises et des actifs commençait par les effectifs en cybersécurité. Cette première phase ne doit pas être assimilée au transfert accompli de toutes les équipes et de tous les actifs TI.

Pour décrire l’autonomie obtenue, les fonctions importent : qui définit les besoins, qui évalue la solution, qui accepte les livrables et qui peut reprendre l’exploitation? Une organisation peut acheter une prestation externe tout en conservant ces capacités. Elle peut aussi employer davantage de personnes sans les renforcer.

Les portraits d’effectifs classent des personnes

Dans le portrait de la main-d’œuvre en ressources informationnelles, une ressource externe désigne une personne à l’emploi d’une firme privée. Une ressource interne désigne un employé régulier ou occasionnel de l’administration publique occupant un poste actif, hors étudiants et stagiaires. La distinction repose sur le lien d’emploi.

Les séries ne sont pas réajustées après coup pour tous les déplacements liés aux fusions, aux scissions ou aux changements d’assujettissement. Un ratio modifié peut donc refléter un changement de périmètre.

Comparer l’expertise avant et après une centralisation demande de conserver le même périmètre et de décrire les fonctions maîtrisées. Le ratio interne-externe renseigne sur le personnel mobilisé; il ne remplace pas cette description.

Questions fréquentes

Centraliser les TI signifie-t-il remplacer les consultants par des employés?

Non. La centralisation change le rattachement des équipes ou des responsabilités. Elle peut regrouper des employés et des consultants sans modifier la répartition du travail entre eux.

Une baisse du nombre de consultants prouve-t-elle un gain d’expertise?

Non. Le statut d’emploi ne mesure pas les compétences conservées, le transfert des connaissances ou le pouvoir de décision. La baisse peut aussi accompagner une réduction des activités.

Comment distinguer un transfert administratif d’un renforcement technique?

Un transfert administratif change l’organisme responsable. Un renforcement technique ajoute ou consolide une capacité de concevoir, d’évaluer, d’exploiter ou de reprendre un système. Ces résultats demandent des observations différentes.

Sources

  1. Commission d’enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la SAAQ (CESIS) — Rapport et recommandations — Commission d’enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (commissaire Denis Gallant, février 2026).
  2. LégisQuébec, Éditeur officiel du Québec — C-8.1.1 - Loi sur le Centre de services partagés du Québec (version abrogée).
  3. Éditeur officiel du Québec (LégisQuébec) — Loi sur le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (RLRQ, c. M-17.1.1), version à jour au 10 juin 2026.
  4. Ministère de la Cybersécurité et du Numérique (Gouvernement du Québec) — Portraits de la main-d’œuvre et du recours à des consultantes et des consultants affectés en ressources informationnelles 2024 au sein de l’administration publique.
  5. Gouvernement du Québec, ministère de la Cybersécurité et du Numérique — Regroupement des expertises et des actifs technologiques du gouvernement du Québec.