L’appropriation d’un système numérique est son intégration dans les pratiques de travail du personnel. Elle se distingue de la mise en service, qui rend le système disponible, et se poursuit lorsque les équipes apprennent à l’utiliser dans leurs situations réelles.
Le dossier santé numérique (DSN) illustre cette distinction dans le réseau québécois. Il s’agit d’un projet de transformation numérique, pas d’un agent d’intelligence artificielle. Son déploiement permet d’examiner le travail de soutien qui accompagne l’arrivée d’un nouvel outil.
Le soutien fait partie du travail de transition
Dans son bilan publié le 17 juin 2026, Santé Québec faisait état de 30 030 billets de soutien reçus du 9 mai au 15 juin, avec un taux de résolution de 85 %. Ces données décrivent le traitement des demandes d’aide après la mise en service.
Un billet n’est ni une personne ni une durée. Plusieurs billets peuvent concerner un même utilisateur ou un même problème; des demandes différentes peuvent exiger des efforts très différents. Le taux de résolution ne donne donc pas les heures de travail clinique perdues ou récupérées.
Le même bilan annonçait le maintien de superutilisateurs et de formateurs jusqu’en août, ainsi que le besoin d’une formation intégrée aux parcours réels et d’un accompagnement adapté aux médecins. Le soutien ne disparaissait donc pas avec la disponibilité technique du système.
La portée du projet avait également été élargie pour renforcer la formation et la gestion du changement, ajouter des ressources spécialisées et des superutilisateurs, et intégrer la reconnaissance vocale clinique. Ces changements décrivent le travail ajouté au déploiement. Ils n’en chiffrent pas séparément le coût ou l’effet sur les effectifs.
La transition et l’exploitation utilisent des périmètres différents
En mai 2026, Santé Québec présentait un budget global autorisé de 402 millions de dollars pour la réalisation, des coûts d’exploitation estimés à 100 millions par année et des économies projetées d’au moins 120 millions par année. Les coûts d’exploitation faisaient l’objet d’autorisations distinctes.
Le respect du budget de réalisation ne mesure donc pas le coût total de possession. Celui-ci doit tenir compte de la période d’exploitation retenue et des dépenses incluses. Les économies annoncées restent des projections, à distinguer des gains effectivement observés.
Soustraire mécaniquement 100 millions de 120 millions ne permet pas d’établir un gain net annuel de 20 millions : il faudrait d’abord savoir si les économies annoncées sont brutes ou nettes de ces coûts et si les deux montants couvrent les mêmes activités. L’arithmétique ne corrige pas une différence de périmètre.
Les conditions de reprise concernent aussi les agents d’IA
Le guide québécois sur l’IA agentique de 2026 prévoit, avant la production, une équipe formée, une surveillance et un retour manuel testé. Ces dispositions concernent les agents; elles ne constituent pas une règle d’évaluation du DSN. Elles décrivent toutefois des fonctions comparables de préparation, de soutien et de continuité du travail.
Mesurer un gain de productivité demande de relier le service obtenu aux heures nécessaires pour le produire. Dans une transition numérique, le périmètre doit préciser le traitement réservé à la formation, aux demandes d’aide et aux reprises. Les comparer aux économies attendues exige une période commune et une définition du service rendu, au-delà de la date de mise en service.
Questions fréquentes
La mise en service suffit-elle pour commencer à compter les économies?
Non. Elle date la disponibilité du système. Les économies se mesurent à partir des changements réels de coûts ou de travail, en tenant compte du soutien et de la période de transition.
Un billet de soutien représente-t-il une heure perdue?
Non. Un billet peut demander quelques minutes ou plusieurs interventions, et plusieurs billets peuvent concerner le même problème. Le nombre de billets ne donne pas leur durée ni leur effet sur le service.
La prolongation du soutien prouve-t-elle l’échec du déploiement?
Non. Elle établit qu’un accompagnement supplémentaire est prévu ou maintenu. Le jugement sur le déploiement dépend aussi de la nature des difficultés, de leur résolution et du fonctionnement du service.
Sources
- Gouvernement du Québec (Données Québec) — Tableau de bord de l’état de santé des projets en ressources informationnelles de l’administration publique — Collecte 2026-07 (fichier 2026_08_04_projets_ri.csv).
- Ministère de la Cybersécurité et du Numérique (Direction du centre d’expertise en intelligence artificielle) — Guide sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle agentique.
- Santé Québec — Dossier santé numérique : bilan un mois après le déploiement (17 juin 2026).
- Santé Québec — Précisions sur les coûts associés au Dossier santé numérique (8 mai 2026).
- Statistique Canada — Le Quotidien — Heures travaillées et productivité du travail dans les provinces et territoires, 2011 à 2024 (données mises à jour) et 2025 (données provisoires).



